20 novembre 2008

Préambule

Préambule

Rescapé de la Base de l’Est, après la disparition du Commandant Ouachria et l’exil du Commandant Si Ahmed Draïa et de Si Mohamed Chérif Messaâdia, Bézouiche fut pris en charge et adopté par le M.L.G.C, puis par le M.A.L.G, dès la formation du G.P.R.A, en Septembre 1958.
Il sera affecté au Centre des Transmissions Opérationnelles (C.T.O) du Commandement Territorial Est, dans l’équipe de l’Adjudant Djaâfar.
Il sera ensuite mis à la disposition de l’Etat-Major Est, sous les ordres du Colonel Si Nasser, en vue d’un second ‘Acheminement’, avec une affectation au P.C de la Wilaya III, dans la région de l’Akfadou. Mais les choses avaient totalement changé avec la construction du barrage de la Ligne Morice.
Bézouiche qui avait déjà battu les djebels de la ‘Piste Amirouche’ jusqu’en Wilaya III avec le Commando de Slimane l’Assaut, deux années auparavant, considère cette affectation comme étant une mission véritablement suicidaire, compte tenu des préparatifs et de l’itinéraire choisi.
Une mission où tous ses compagnons, sachant pourtant à quoi s’en tenir, tombèrent en véritables héros, décimés au bord de La Seybouse, aux portes de la ville de Bône.
Après ce cruel sacrifice de ses plus proches compagnons d’armes, Bézouiche se retrouva au C.T.N. Un Centre situé au siège central du M.A.L.G. Le centre nerveux de l’Algérie combattante, qui commande les réseaux radio de l’A.L.N et du G.P.R.A.
Dans le cadre du redéploiement des services du M.A.L.G, Bézouiche sera ensuite affecté à l’E.M.G du Colonel Boumédiène, nouvellement installé à Ghardimaou. A la fin de cette brève mission, Bézouiche retrouva le C.I.T.T pour assurer les premières émissions radiotélégraphiques de l’A.P.S et activer dans le siège central du M.A.L.G à Tunis.
Dès l’ouverture de la Base Didouche, une base que Bézouiche considère comme étant la première véritable Académie Politico-militaire de l’Algérie, pour avoir fourni les meilleurs cadres à l’état algérien souverain, il se retrouva sous les ordres de Si El-Ghaouti, Commandant de la Base, pendant une année entière.
Après quoi, il fut détaché auprès de la Mission du G.P.R.A à Tripoli, sous les ordres de Si Ahmed Bouda. Là, il assistera à la création du Secteur Subsaharien (S.S.S) du Commandant Zakaria et à l’implantation des bases opérationnelles de Ghadamès et de Ghat. Après la Mission du G.P.R.A à Tripoli, le diplomate teenager qu’est devenu Bézouiche, est affecté auprès de la Mission du G.P.R.A du Caire. Une Mission dirigée par Si Ali Kafi.
Comme il s’était soustrait en 1957 aux ordres du Colonel Amirouche, qui ordonna sa re-scolarisation au Lycée Sadikia de Tunis, Bézouiche refusa tout net en 1961 les ordres de Si Laroussi et de Si Nouar de se joindre, à partir du Caire, à un turbulent groupe de stagiaires en partance pour la République Populaire de Chine. Le premier groupe du genre.
Après ce refus ùotivé, il est orienté d’office vers Tunis pour un ‘pré-stage’, une mise à niveau préalable à un départ imminent pour les académies de l’U.R.S.S.
Une préparation en physique mathématique, assurée par Si Youcef Mentalechta, un jeune et brillant physicien.
La proclamation du Cessez-le-feu bouleversa le programme établi pour Bézouiche, qui est désigné au pied levé au sein de la Commission Mixte du Cessez-le-feu.
Il rejoindra Rocher Noir, via Réghaïa, avec le ‘Groupe des 24’, dans un avion Nord Atlas de l’Armée Française, à partir de la Base Aéronavale de Bizerte.
Bézouiche eut toutes les difficultés du monde à rejoindre avec son équipe de quatre agents, le P.C de la Wilaya VI, son lieu d’affectation.
Après l’incident de Bouira, un incident où sa petite équipe, roulant en D.S 19 noire avec chauffeur, fut prise pour un groupe de l’O.A.S, il rejoindra Bou-Saâda, après avoir bravé les dangers des faux barrages des hommes de Bellounis.
L’affectation au P.C de la Wilaya VI de l’équipe de Bézouiche ne fut pas du goût du Colonel Chaâbani, qui mit en quarantaine les cinq agents du M.A.L.G. Des agents recrutés selon lui en Tunisie, arrivés directement de Tunis pour superviser le Cessez-le-feu. Arrivés par avion militaire français, s’il vous plait !
C’en était trop pour le jeune Colonel Chaâbani, dont la vision des choses était celle d’un officier supérieur qui n’a jamais connu l’extérieur depuis qu’il avait rejoint les rangs de l’A.L.N.
Après plusieurs jours de ‘Kazma’, les compagnons de Bézouiche, désarmés, sans ceinturon comme des prisonniers de guerre, furent convoqués et interrogés un à un par le Colonel Chaâbani, avant de se voir affecter dans des postes qui n’avaient rien à voir avec leur mission première.
Bézouiche fut convoqué en dernier. Non point parce qu’il était le chef de l’équipe, mais parce qu’il était le plus jeune. Lors d’un entretien mémorable, où Bézouiche tint tête au Colonel Chaâbani, au risque de sa vie même, il s’insurgea contre le mépris affiché à l’égard du déjà vieux combattant qu’il était.
Un combattant aussi ancien que le Colonel Chaâbani lui-même. Un combattant dans les rangs de l’A.L.N depuis l’âge de 14 ans, et patati…et patata…
La proclamation de l’indépendance trouva Bézouiche à Bou-Saâda, sous les ordres du Capitaine Si Tahar Laâdjel et du Lieutenant Si Saïd Abadou, où il aura l’insigne honneur de lever les couleurs de l’Algérie indépendante sur la ville des Ouled Naïl. Une ville qui adopta Bézouiche, comme elle avait adopté Etienne Dinet et les autres.
Une ville où sera déterminée la nature du pouvoir de l’Algérie indépendante, après le passage de Ben Bella et du Colonel Boumédiène, dans le tourbillon des évènements post-référendaires.
Une ville où l’Armée Nationale Populaire fut baptisée, dans le bruit des bottes. Une ville où Bézouiche fut maintenu contre son gré et d’où il désertera avec l’assistance du Colonel Si Tahar Zbiri.
Il rejoindra la Villa Joly, puis la Caserne d’Orléans à Alger pour faire son rapport, arracher sa démobilisation et crier urbi et orbi, crier à la face du monde : Veni, vidi, vici !



Le mot de la fin

Si Bézouiche a rejoint les rangs de l’A.L.N, après moult aventures ferroviaires, en parfait resquilleur de trains qu’il fut, on peut donc conclure que ce faisant, il n’a pas raté le train de l’Histoire.
En bon agent du M.A.L.G, en bon Agent des Liaisons Générales, en bon Agent des Transmissions, Bézouiche croit avoir bien transmis le Message de son combat.
Sa mission est ainsi entièrement accomplie.
A bon lecteur, Salut !

Alger, le 5 Juillet 2005.

Abdelmadjid Maâlem

Table des matières

Préface. Page 3

Avant-Propos Page 7

Préambule Page 11

CHAPITRE 1 : Le C.T.O - Est. Page 15

CHAPITRE 2 : Morituri te salutant ! Page 61

CHAPITRE 3 : Le C.T.N. Page 87

CHAPITRE 4 : L’Etat-Major Général (E.M.G). Page 115

CHAPITRE 5 : La Base Didouche. Page 145

CHAPITRE 6 : Agent Diplomatique Page 223

CHAPITRE 7 : Mission au Caire Page 253

CHAPITRE 8 : Le Cessez-le-feu Page 287

CHAPITRE 9 : Com. Mixte du Cessez-le-feu.
(Rocher-Noir) Page 311

CHAPITRE 10: Wilaya VI Page 329

CHAPITRE 11 : Le Jour de Gloire eeeest arrivé ♫ ! Page 359

CHAPITRE 12 : Veni vidi vici. Page 391

CONFERENCE DE PRESSE BIBLIOTHEQUE NATIONALE (19 JUIN 2006)

CONFERENCE DE PRESSE BIBLIOTHEQUE NATIONALE (19 JUIN 2006)

Abdelmadjid MAALEM : Merci d’avoir répondu à cette invitation. Par votre intermédiaire, je voudrais tout d’abord exprimer ma profonde gratitude et toute ma reconnaissance à Son Excellence, le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République.
Le remercier pour avoir bien voulu introduire d’une préface magistrale le 3ème et dernier volet de mes témoignages sur les années de gloire de l’Algérie combattante. Une préface par laquelle il délivre un message de bienveillance et d’espoir pour la jeunesse d’aujourd’hui et de demain.
J’adresse ensuite mes plus fraternels remerciements à mes aînés et à mes compagnons d’armes de l’Association Nationale du M.A.L.G, avec à leur tête le Président de l’Association, notre cher et respecté frère Daho Ould Kablia, pour leurs encouragements dans mon travail de mémoire.
Je le remercie vivement pour avoir bien voulu vous présenter «LesTémoignages de Bézouiche».
Bézouiche ? C’est le plus petit des Grands !
J’exprime enfin ma gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, ont favorisé la réalisation matérielle de mon devoir de mémoire. Sans oublier notre éditeur national, l’A.N.E.P.
Dans les rangs de l’A.L.N et au M.A.L.G, les agents des Transmissions comme moi étaient considérés comme étant les messagers des unités combattantes et des divers échelons de la Révolution. Par mes témoignages, je me considère aujourd’hui un petit peu comme étant un messager de l’Histoire.
Un messager de ‘Jil-Errabahine’, la ‘Génération des gagneurs’ !
Un messager de l’épopée de Novembre qui a permis au plus jeune des ‘Malgaches’ d’avoir l’honneur historique de lever le drapeau de la victoire sur la ville de Bou-Saâda, le 5 Juillet 1962.
Le texte de la préface de S.E le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République ainsi que la présentation succinte des trois tomes de mes témoignages sont contenus dans le document qui vous est distribué. Je vous remercie et Tahya El-Djazaïr ! Hamm

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Daho Ould Kablia : Nous sommes ici aujourd’hui pour parler de l’œuvre du Moudjahed Abdelmadjid Maâlem, intitulée « Bézouiche le Malgache » qui constitue son troisième et dernier témoignage sur son parcours de Moudjahed au sein de l’A.L.N qu’il a rejoint de 1956 jusqu’à l’indépendance.
Il est évident que son appartenance au M.A.L.G, de même que la trame de son livre qui s’y rapporte en totalité, m’offre l’occasion de vous faire une rapide présentation de cette importante structure au service du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne lui-même en charge, depuis sa constitution en Septembre 1958, de la conduite de la lutte de libération.
Pour être plus clair, le MALG, Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales, c’est la somme ou mieux, la conjonction de deux réalités :
► Un homme : Abdelhafid Boussouf.
► Une structure : des services spécialisés réunis en un ensemble homogène.
▬ En temps que dirigeant, l’homme Abdelhafid Boussouf a joué un rôle éminemment positif dans l’émergence du mouvement nationaliste au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
● Membre du PPA/MTLD en 1944.
● Membre de l’O.S en 1947.
● Membre du CRUA en Janvier 1954.
● Membre du comité des 22, en Juillet 1954 qui a décidé la création du F.L.N.
● Adjoint de Ben M’hidi à la tête de la Wilaya V, le 1er Novembre
1954.
● Responsable de celle-ci en Septembre 1956.
● Membre du C.C.E en Semptembre 1957.
● Ministre du G.P.R.A en Septembre 1958.
La structure quant à elle mobilisait plusieurs centaines de cadres et embrassait des secteurs complexes et variés. Elle a été l’instrument essentiel de la gestion de la vision politique et stratégique de Abdelhafid Boussouf et les résultats de son action ont fait sa force et sa notoriété, par la part prise dans la contribution effective au développement des moyens de lutte directs et indirects contre l’ennemi et dans l’évolution soutenue de la Révolution vers la victoire finale.
Les données et les informations concernant cette action qui englobait la politique, le technique (Liaisons, Transmissions, Radio), des activités secrètes (Renseignement, Contre-Renseignement, Ecoute, Chiffrement et Décryptage, Armement, Ravitaillement et Logistique), des activités de formation spécialisée (Aviation, Marine, Police) sont restés inaccessibles pendant longtemps au public, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Un premier travail a été fait depuis la création de l’Association en 1990.
Celle-ci s’était fixé deux objectifs :
● Le confortement et le renforcement des liens de solidarité et de
fraternité de combat au sein d’une ‘famille’ hétérogène au
départ et dont la complémentarité de ses membres a forgé l’unité.
● La participation au devoir de mémoire par l’évocation de cette
partie méconnue de l’histoire de la lutte de Libération
Nationale et ce, sous diverses formes orales et écrites.
Au plan oral, des dizaines de conférences, colloques, symposiums, interviews, prestations télévisées ont été organisées par les membres de l’Association, autant sur des sujets thématiques propres (Transmissions, Radio, Services de Renseignements, Logistique et Armement, formation spécialisée) que sur des sujets plus généraux, tels que les Négociations d’Evian, la constitution du G.P.R.A et la question du Pouvoir, le Barrage électrifié et la Base de l’Est, l’apport de la jeunesse estudiantine à la lutte de Libération Nationale après l’Appel de l’U.G.E.M.A du 19 Mai 1956, les relations avec les pays frères voisins, la saga du Colonel Lotfi, etc…
Au plan de l’écriture, des membres de l’Association ont également écrit et publié des ouvrages. Je cite dans l’ordre chronologique :
● M’hamed Yousfi : Le F.L.N au Pouvoir. (1992).
● Laroussi Khélifa : Le Manuel du Militant Algérien. (1997).
● Brahim Lahrèche : La Lance et le Bouclier. (1998).
● Hassani Abdelkrim : Guerrilla sans Visage. (2000).
● Mansour Rahal : Les Maquisards. (2000).
● Roberto Muniz : Mahmoud l’Argentin. (2001).
● Moussa Seddar : Ondes de Choc. (2002).
● Mustapha Benamar : C’était eux les Héros. (2002).
● Mohamed Lemkami : Les Hommes de l’Ombre. (2004).
● Abdelmadjid Bouzbid : La Logistique durant la Guerre de Libération Nationale. (2004).
● Enfin, Abdelmadjid MAALEM, avec ses trois tomes des « Témoignages de Bézouiche » :
- Commando de la Base de l’Est. (2004).
- Les Transmissions de la Base de l’Est. (2005).
- Bézouiche le Malgache. (2006).
C’est ce dernier livre « Bézouiche le Malgache » qui vous est présenté aujourd’hui. Son contenu ne diffère pas de celui des livres qui l’ont précédé quant au parcours initiatique de l’auteur qui, dans la grande école de la Révolution, passe de manière lente et sûre, de l’insouciance de l’adolescence à la maturité d’une conscience responsable et engagée, mais en plus, celui-ci nous emmène cette fois-ci dans un univers nouveau, un univers clos, celui de la Base Didouche, base arrière du M.A.L.G, dans le désert libyen, un Centre que le Moudjahed Abdelaziz Bouteflika connaît bien pour l’avoir visité plus d’une fois et qu’il décrit dans la préface dont il a honoré l’auteur et le M.A.L.G comme suit : «Un espace studieux, discret où le Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales forge de manière très cartésienne sa principale force de frappe, l’intelligence algérienne ».
En effet, l’auteur raconte comment dans ce centre, plus d’une centaine de cadres travaillent, pour ne pas dire besognent jour et nuit dans une ambiance sereine, feutrée, chacun dans un domaine particulier, pour produire à partir de l’examen de toutes les informations et données provenant d’une multitude de sources complémentaires, un travail critique et analytique qui se transforme au final, en une masse de propositions politiques ou techniques à l’adresse de la haute instance de la Révolution.
Trois grands Services sont passés en revue : les Transmissions et le Chiffre, la Documentation et la Recherche, la Vigilance et le Contre-Renseignement.
Il n’entre pas trop dans le détail, parce qu’il ne connaissait pas tout, en raison du cloisonnement très strict entre Services, mais lève néanmoins le voile sur quelques chantiers et quelques dossiers importants en relation directe avec la conduite de la lutte de Libération Nationale, tels que les approches opérationnelles sur le Barrage électrifié ou la préparation du dossiers des Négociations algéro-françaises, qui restent à mieux faire connaître dans l’avenir.
A coté de cela, l’auteur dresse une galerie de portraits d’une grande minutie. Il allie dans ce cas un sens aigu de l’observation avec une évaluation objective des points forts et des points faibles de ces camarades de combats.
Ensuite, sa générosité de cœur le pousse dans cette revue d’effectifs, à ménager une place particulière à la reconnaissance dûe à ses chefs divers, le Commandant Omar directeur des Transmissions, le Capitaine Moussa Seddar super technicien autodidacte et d’autres anonymes qui ont guidé ses pas, affermi sa foi, formé son esprit scientifique, canalisé ses énergies, trempé son caractère, en un mot valorisé et boosté son engagement patriotique.
Que dire de plus, en conclusion, de ce livre qui délivre tant de messages aux jeunes d’aujourd’hui et de demain, qu’il est écrit dans un style agréable, fluide où la rigueur n’exclut pas la verve et la bonne humeur.
Je vous remercie.
Dahou Ould Kablia, Président de l’A.N/M.A.L.G.

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La Prééminence d’un acteur témoin de la guerre de Libération(*)

Assurément, toute publication émanant d’authentiques acteurs — témoins de la Guerre de Libération nationale — constitue une source inépuisable pour toute recherche historique, s’agissant d’un évènement ayant tenu en haleine l’opinion internationale d’alors et contribuant directement à l’accélération de la décolonisation du continent africain.
A cet égard, les mémoires de Abdelmadjid Maâlem constituent bien une illustration des plus éclatantes tant le récit, fond et forme, répond objectivement aux exigences de toute recherche scientifique, alors que la lecture des trois tomes (1058 p.) demeure d’autant attrayante et fascinante qu’accessible à un très large public particulièrement une jeunesse avide avant tout de sources crédibles, et partant susceptible de nourrir des projets et de fortifier de saines et prospères entreprises. En fait, récit authentique ou légende. Les actes et les réactions risqueraient d’introduire doute et confusion, compte tenu d’indices liés au recul dans le temps et au grave déficit de culture générale et des conditions exceptionnelles d’engagement et de participation effective de cet acteur témoin d’un tout autre âge et de conviction. D’autant que le sobriquet de Bezouiche, qui lui a « collé » pour toujours, est assimilable à merveille à ceux des héros légendaires devenus universels. Rassurons-nous définitivement. Point de doute possible ! Il s’agit bel et bien d’un récit autobiographique excellemment restitué dans tout son contexte historique transperçant habilement tout l’arrière plan durant toute la période étudiée. D’un récit témoignage très riche et très dense, au demeurant solidement étayé. En fait, beaucoup plus axé sur le témoignage. Honnêtement et objectivement, car continuellement animé, soutenu et imprégné par la critique constructive ! A cet égard, révélateur est le ton rendu par la tournure suivante en guise de sensibilisation ainsi que d’attention et d’égards au lecteur : « Bezouiche a été toujours présent là où l’histoire se faisait » (T. II, p. 93). Et d’expliciter aussitôt en guise de rappel dans l’intérêt même du lecteur ayant d’une façon ou d’une autre négligé le premier tome, le tome incontournable pour dévorer à belles dents les deux suivants : « Son destin a toujours vibré au diapason de celle-ci. Mais avec une précocité qu’il traînera le long de son combat, et dont il souffrira, depuis son ‘’intrusion’’ dans le mouvement de libération, à l’âge de 13 ans, jusqu’à la victoire. Jusqu’à la fin même de sa carrière même ! » Et de résumer une vie bien remplie, de surcroît brillamment réussie et analysée avec une note d’humour qui lui sied parfaitement et qu’on découvre gaiement tout au long du récit : « Le plus petit des grands. Le dernier des premiers. » Une formule qu’il affectionne beaucoup, car parfaitement vérifiable le long de son prestigieux parcours pendant et après son engagement dans l’ALN. Un style toujours allègre focalisant continuellement l’attention de l’observateur. Assurément, un récit aguichant et plein de verve que tout un chacun doit bien d’apprécier et méditer longuement, en y gagnant beaucoup d’une façon ou d’une autre particulièrement dans un monde malmenant et brouillant sans cesse l’échelle des valeurs et principes, les forces créatrices de toute société devant s’assumer résolument dans la dignité afin de ne pas perdre sa place au soleil. Tôt ou tard... Spontanément, l’acteur témoin a été au rendez-vous de l’histoire, celle qui a sonné un 1er novembre 1954 dans l’enthousiasme, voire l’euphorie des uns, mais aussi dans l’indifférence et l’indolence des autres. Assurément, celle qui a accaparé totalement l’adolescent, voire le préadolescent puisqu’il n’avait que 13 ans et trois mois. Pas nécessairement à la suite d’une fugue due à une frustration, mais consécutivement à l’accélération de faits liés à des rencontres extraordinaires et dont il a su en tirer des enseignements, ayant déterminé l’engagement définitif du préadolescent au combat libérateur. Or, cela est intervenu dans des conditions inattendues à plus d’un titre. Dans l’univers carcéral... de Sousse (Tunisie), au contact de codétenus, de vétérans partisans du Hizb Destour (Néo-Destour). C’est là qu’il a fait sa préparation politique, précise-t-il, même s’il est issu lui aussi d’une vieille et authentique famille fortement imprégnée par de si riches traditions culturelles, de savoir-vivre et de luttes multiformes. Une pépinière de valeureux membres de l’ALN, par excellence des guerriers nés de père en fils qu’il découvre au-delà de la frontière... y compris sa Mouima, sa chère et vénérable maman, Incontestablement, l’aventure carcérale a été le passage obligé puisqu’il une fois libéré, l’adolescent est contraint de retourner en Tunisie afin de pouvoir s’enrôler dans les rangs de l’ALN, par suite de l’impossibilité de s’y incorporer directement à partir de sa ville natale, Tébessa. Or en dépit de tant de difficultés dont le handicap de l’âge et tout ce qui s’ensuit inévitablement, de surcroît dans une conjoncture somme toute défavorable, cette exceptionnelle recrue s’est très vite imposée et confirmée comme l’illustre à merveille son intégration au célèbre commando Si Slimane l’Assaut. Mieux à participer à l’acheminement des armes de la frontière algéro-tunisienne à la Wilaya III (1), arpentant stoïquement la piste Amirouche, par analogie à celle baptisée du nom du père de la résistance légendaire du Vietnam : Ho Chi Min. Un convoi d’armes sophistiquées le long d’un parcours de 600 km en trois mois sous la chaleur estivale de 1957 : une prouesse inédite la hauteur des qualités de ses managers et animateurs et au sein de laquelle Bézouiche s’est aguerri mais non sans une grave blessure à la hanche qui a failli lui être fatale sans les bons soins que lui a prodigués le docteur Merdaci. En conséquence, va-t-il pour autant s’écarter de la voie qu’il s’est tracée en toute détermination alors que précisément sur son lit de convalescence, le colonel Amirouche lui recommande vivement de reprendre les études interrompues au début de la classe de 4 e « Le combat, la guerre, la misère, c’est pour nous les vieux. Toi et les jeunes qui ont été à l’école, vous êtes l’avenir du pays. Vous devez étudier et apprendre pour l’Algérie de demain. Pour l’Algérie indépendante. » (t I. p. 349) Et de poursuivre : « Tu vas continuer les études à Tunis, au Lycée Saddikia. » Précisément, le prestigieux établissement bilingue d’où sont issues effectivement les élites tunisiennes avant et après le protectorat. En ne regrettant jamais ce refus, « son destin, sa bonne étoile le mèneront nolens volens vers le passage obligé prescrit par le colonel Amirouche » (t I. p 350). C’est ainsi que peu après, il est repéré et sélectionné pour suivre le premier stage de transmission de l’ALN à la base de l’Est en intégrant une petite équipe composite, constituée pour l’essentiel de jeunes combattants issus directement du maquis. Brusquement, Bezouiche pénètre de plain-pied dans un nouveau monde sans transition aucune. Il passe d’une ère à une autre, séparée par de nombreux siècles marqués de progrès et de technologies, bel et bien le monde des transmissions et ses codes frénétiques. Une révolution dans la révolution, et par conséquent avec des retombées considérables sur les maquis. Comme ses compagnons, notre jeune initié doit écouter l’ennemi, le déchiffrer, en somme le surprendre pour devancer ses mouvements, offensives et répressions, et en conséquence permettre aux différentes unités combattantes de déclencher des contre-offensives. Une avancée fulgurante dans le temps. Telle est la mission à laquelle il s’est attelé de septembre 1957 à septembre 1958, concrétisant tour à tour la jonction entre l’Est et l’Ouest et l’unification des transmissions de l’ALN. De plus, à son retour au PC de la Zone II de la base de l’Est, il commande le premier réseau en phonie de toute l’ALN. Durant cette seule période précitée (de sept.1957 à sept. 1958), et tout en demeurant totalement coupées du monde extérieur, les différentes promotions ainsi formées, à l’Est comme à l’Ouest (2), marque une avancée prodigieuse. Désormais, elles constituent de nouvelles forces en propulsant la cause algérienne au-devant de la scène internationale, le début de l’internationalisation du conflit. Il en est ainsi des deux événements majeurs : Sakiet Sidi Youcef (8 février 1958) suivie aussitôt par la mission Bons Offices menée par le diplomate US Robert Murphy, et davantage la chute de la IVe République qui a sonné le glas d’un pouvoir condamné sans appel par l’histoire, précisément l’histoire forgée par le peuple qui a été dominé et exploité durant plus d’un siècle. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une percée inespérée, d’une percée technologique rapidement assimilée. Comment et qui sont réellement ses maîtres, voire ses créateurs puisque le CITT- Est (Centre d’instruction technique des transmissions) comme son similaire de l’Ouest, n’ont disposé au mieux que de ressources tant humaines et matérielles négligeables. Certes de ressources humaines bien triées et de formation accélérée mais toutes animées d’excellentes qualités comme en témoigne la présentation faite par l’auteur en esquissant les portraits des principaux éléments du centre (t Il, pp. 169 - 198). D’emblée, l’émergence de potentialités et compétences préfigurant les futurs cadres et à l’origine d’aménagement d’un centre certes conséquent mais inattendu, voire insoupçonnable. En effet, tout autre est la base à laquelle est affecté notre jeune héros, précisément la Base de Didouche implantée en Libye dans une ancienne caserne évacuée par les forces anglo-américaines, et ouverte en 1960 par Abdelhafid Boussouf (Si Mabrouk), le ministre de l’Armement et des Liaisons générales (MALG). En y entrant, Bezouiche ne savait pas qu’« il venait de plonger dans l’univers, pour mieux situer son propre parcours, sa propre personne ainsi que le rang du pays pour la libération duquel il combattait. » (t III, p. 197). Rapidement, en quelques mois d’effort intensément soutenu et en quittant cette véritable académie, il n’ a emporté avec lui dans ses bagages qu’un simple sac de sport contenant un livre de maths de la terminale math élem, les Essais de Montaigne et le Discours de la méthode (René Descartes). Et d’ajouter pour donner tout le sens et la portée de telles références « dans sa tête ce qu’il a appris dans l’établissement. » Devant de telles performances, force est de revenir sur son court mais extraordinaire parcours, alors qu’il n’a que 19 ans à l’approche de la proclamation de l’Indépendance. Précisément à l’attitude inattendue adoptée sur son lit d’hôpital face à la recommandation faite par le colonel Amirouche : La poursuite des études au prestigieux lycée tunisois. Un « entêtement » mais pleinement justifié à plus d’un titre. Pour le maquisard-adolescent, la poursuite des études secondaires l’aurait contraint non seulement à renoncer à la lutte armée mais aussi privé d’une formation des plus performantes. D’une formation déterminant sa carrière future, la carrière qu’il n’aurait pas pu envisager par la voie classique. Une fois de plus, il a toujours su se déterminer tout en n’ayant pas atteint encore la majorité. Assurément, il a toujours été maître de son destin. En toute quiétude et assurance de préciser en quittant la base de Didouche, « avec l’étoffe d’un parfait diplomate » (t III, p. 200). Quoi qu’il en soit, suivant le bilan général qui apparaît au terme de l’analyse, la Base de Didouche a représenté le chapitre le plus déterminant de la Guerre de Libération nationale. Un chapitre qui a été écrit en lettres d’or mais passé inaperçu par l’opinion d’alors, voire la postérité. En tout état de cause, le chapitre qui a jeté les bases solides de l’Algérie indépendante. Quant à la suite du récit, elle renforce davantage les attentes de tout observateur en quête de données et précisions susceptibles de l’éclairer et de l’orienter vers les pistes à suivre et à explorer méthodiquement. En somme, des recoupements à même de vérifier certaines analyses. D’autant que les derniers mois de la lutte armée exigent plus d’élucidation. Aussi, dans de telles conditions convient-il de prêter plus d’attention non à l’exposé dans sa globalité mais à certains passages et détails, mentions et allusions, attitudes et de comportements, concernant certains responsables et personnalités de premier plan projetés brusquement au-devant de la scène politique à la veille du cessez-le-feu et peu après. C’est également l’intérêt qu’offre l’introspection livrée dans les dernières pages et que, sans rupture aucune, laisse entrevoir la carrière diplomatique entamée dès le début de l’indépendance et poursuivie brillamment durant quatre décennies consécutives, offrant ainsi le meilleur exemple qu’il soit aux générations montantes. Captivés par le récit du sagace et intrépide adolescent, les lecteurs attendent impatiemment la suite des Mémoires de Bezouiche, la prodigieuse carrière poursuivie jusqu’ à l’aube de ce troisième millénaire, dans les meilleurs délais possibles !
(*) Titre du premier tome de Abdelmadjid Maâlem, le deuxième et troisième tomes intitulés : Les témoignages de Bézouiche, Alger, Anep, 2004, 2005, 2006. A consulter aussi le site : abdelmadjid-maalem.blospot.com
Notes (1) Ce convoiement n’est pas sans analogie d’un autre effectué par plus de 5000 Algériens recrutés dans différentes régions du pays. Un parcours d’une même longueur mais poursuivi dans un tout autre contexte en 1895 à Madagascar à travers une piste meurtrière qui s’est soldée par des hécatombes, du reste sans participation à aucun combat. Voir notre étude intitulée : Les convoyeurs algériens et la conquête de Madagascar (1995), Revue du Centre national d’Etudes et de Recherches sur le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 54, El Massader, n° 8, mai 2003, p. 27-42.
(2) Fort heureusement commencent à paraître des témoignages sur les structures mises en place par Abdelhafid Boussouf, le patron du service des renseignements durant la Guerre de Libération nationale. Voir notamment Abdelkrim Hassani, Guerrillas sans visage Alger, 20 ; Mohamed Lemkami : Les hommes de l’ombre, mémoires d’un officier du MALG, Alger, Anep, 2004, 526 p.

Djilali Sari.

Entretien avec Abdelmadjid Maâlem (Le Citoyen)

Entretien avec Abdelmadjid Maâlem.

Le Citoyen : Pourquoi ces livres et maintenant le tome 3 ?

Abdelmadjid Maâlem : Par le plus heureux des hasards, l’accomplissement de mon de voir de mémoire coïncide avec la célébration du 50ème anniversaire du 1er Novembre 1954. Je pensais que la chose me prendrait peu de temps et peu de pages. Loin s’en fallait, car mes témoignages sur les années de gloire de l’Algérie combattante, ainsi que sur mes aînés que j’ai appelé ‘Jil Errabahine’, la génération des gagneurs, m’ont pris quatre années et quelque 1.200 pages. Lorsqu’on s’exprime avec son cœur et lorsqu’on porte encore dans sa chair les dures réalités du combat, on n’a pas besoin d’être écrivain ou historien pour témoigner. Des témoignages d’autant plus faciles qu’ils sont inspirés par le devoir de mémoire d’un combattant dont les meilleures écoles auront été, en tout bout de compte, celles de l’A.L.N et du M.A.L.G.
Le tome 3, intitulé ‘Bézouiche M.A.L.G.Ache’ est justement consacré au M.A.L.G, cette école qui fut la mienne depuis la proclamation du G.P.R.A en Septembre 1958, jusqu’à la proclamation de l’Indépendance. Une école qui avait pour maître Si Mabrouk (le Colonel Abdelhafid Boussouf). Ce dernier ouvrage paraîtra très prochainement avec une préface magistrale par laquelle Son Excellence, le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, a bien voulu délivrer un message de bienveillance et d’espoir à la jeunesse d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ce qui constitue pour mon devoir de mémoire la consécration suprême.

Le Citoyen : Que veut dire Bézouiche ?

Abdelmadjid Maâlem : Ce sont mes compagnons d’armes de la Base de l’Est qui m’ont collé ce sobriquet, en raison de mon jeune âge. Lorsque j’ai rejoint les rangs de l’A.L.N, le 11 Novembre 1956, l’avais à peine 14 ans et 3 mois. J’ai eu la chance et l’honneur d’avoir été exceptionnellement recruté à cet âge-là, car l’A.L.N n’acceptait pas n’importe qui, encore moins les gosses de mon âge. Elle ne donnait pas des enfants aux canons, ni des canons aux enfants, comme le dit si opportunément Jacques Prévert dans ses ‘Paroles’. En fait, Bézouiche n’était pas un enfant dans les rangs de l’A.L.N. Il était tout simplement le plus petit des ‘Grands’, ces géants de l’Histoire.

Le Citoyen : Vous êtes un Chaoui de Tébessa...
Abdelmadjid Maâlem : En fait, je suis un pur produit de la tribu des Aurès-Nementchas. Un Lamouchi, en d’autres termes. J’ai eu la chance de voir le jour à Tébessa l’Algérienne, Theveste la Romaine, Tibest la Numide. Même si ma naissance coïncide avec l’Année du typhus (1942), je suis né coiffé (avec mon ‘sitr’). C’est dire que j’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. La chance de combattre pour la libération de mon pays. La chance inouïe et l’honneur jamais plus itératif (je l’espère !) de lever le drapeau de l’Algérie libérée sur la ville de Bou-Saâda, le 5 Juillet 1962. Une ville qui avait accueilli le combattant Bézouiche, comme elle avait accueilli Etienne Dinet et les autres…
Ensuite la chance et l’honneur d’accomplir mon devoir au service de mon pays souverain. Enfin, la chance d’accomplir mon devoir de mémoire, sans afficher de gloriole, ni de rancœur, encore moins de rancune envers qui que ce soit. Car à mon humble avis, lorsqu’on est vainqueur d’une cause juste, comme celle de ‘Jil-Errabahine’, on doit en quelque sorte respecter le vaincu. Mais cela ne doit en aucun cas dédouaner devant l’Histoire le système que nous avons abattu. Lorsque je regarde les remparts et les vestiges archéologiques de ma ville natale, Tébessa, avec leur charge d’Histoire millénaire, une occupation coloniale de 132 ans me semble une parenthèse somme toute ridiculement courte, mais non moins instructive. Car c’est un peu grace à l’école française qui lui a enseigné la devise « Liberté, Egalité, Fraternité’» que Bézouiche a rejoint le maquis pour conquérir d’abord sa propre liberté et celle de son pays. Tébessa, où je suis né dans le quartier de la Médersa. La médersa du martyr Chikh Larbi Djadri, où j’avais fait mes premières classes également. Tébessa des martyrs, comme Chérif Hachichi, Salah Lyazidi… Ou bien comme Abdelwahab Zarroug, Chébira Amor, Aïssaoui Rachid, qui furent mes très proches compagnons d’armes au M.A.L.G et sur lesquels je témoigne. Et tant d’autres.

Le Citoyen : Cette trilogie est rédigée en hommage à vos compagnons d’armes, mais encore ?

Abdelmadjid Maâlem : Rien de plus. Sinon que, mon devoir de mémoire accompli, je demeure toujours à l’entière disposition de mon pays. Je ne pense pas encore pouvoir témoigner sur les 40 ans de ma carrière diplomatique. J’estime que le moment n’est pas encore venu. Pour cela, j’ai besoin du recul nécessaire et de cette sagesse que seul l’âge avancé procure aux heureux élus !

Entretien réalisé par A. Toualbia

Centre Culturel Algérien à Paris

Centre Culturel Algérien à Paris

Mercredi 18 AVRIL 2006 à 19 H 00 :

Rencontre Avec ABDELMADJID MAALEM intitulée :

Présentation de la trilogie «Les témoignages de Bézouiche».

TOME 1 : «COMMANDO DE LA BASE DE L'EST»
Plus qu'un témoignage, c'est un récit qui nous plonge dans les maquis de l'Est algérien.

TOME 2 : «LES TRANSMISSIONS DE LA BASE DE L'EST»
A l'âge où l'on est encore boutonneux, l'auteur revient fois-ci sur le monde des transmissions et ses codes frénétiques. Ecouter l'ennemi, le sentir, avant d’être soi-même débusqué.

TOME 3 : «BEZOUICHE LE MALGACHE »
L'auteur revient cette fois-ci sur son parcours à l'ombre du Ministère de l'Armement et des Liaisons Générales (MALG) du Gouvernement provisoire de l’Algérie combattante.

**********

"Mesdames, Messieurs,
En vous présentant aujourd’hui mes témoignages sur les années de gloire de l’Algérie combattante, je voudrais tout d’abord remercier S.E le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, qui a bien voulu introduire mon travail de mémoire d’une préface magistrale.
Le texte intégral de cette préface est à votre disposition ici et sur le site Internet du M.A.E.
Je voudrais ensuite préciser que par ses témoignages devant l’Histoire, Bézouiche, naguère le plus jeune des jeunes, aujourd’hui le plus jeune des anciens, a voulu rendre hommage à ses aînés, à ses compagnons d’armes tombés au champ d’honneur, décédés, ou encore vivants, quelle que soit leur place dans la hiérarchie de l’Algérie combattante ou de l’Algérie souveraine. Des héros qui ont balisé son parcours de très jeune combattant de l’A.L.N.
Peut-être à contresens des usages, mais en raison justement de son âge, l’âge d’un adolescent, il se sent aujourd’hui un petit peu leur thuriféraire. Il a donc privilégié le culte des héros à la culture du posthume.
J’ai décidé d’écrire en Français, car j’ai quitté en 1956 le collège de ma ville natale, Tébessa, en emportant avec moi au maquis, comme arme, les maigres mais précieux bagages scolaires de ma classe de cinquième. Ce butin de guerre légitimement revendiqué par Kateb Yacine. Par mon parcours de combattant de l’A.L.N, cette arme s’est avérée d’une redoutable efficacité.
Et j’ai voulu le faire savoir aux lecteurs des deux bords … Euh ! Des deux rives de la Méditerranée.
J’ai abordé l’écriture de mes témoignages par devoir de mémoire. Avec enthousiasme et détermination, mais sans prétention littéraire. Et je crois que j’ai bien fait de signaler au lecteur que je n’avais pas l’honneur d’appartenir à la race des chevaliers de la plume. Quoi qu’il en soit, j’ai abordé mon entreprise en solo, sans approche littéraire ou politicienne préalable, mais avec le regard d’un combattant. J’allais dire le regard d’un battant.
Ma préoccupation principale est aussi de livrer aux lecteurs les témoignages de celui qui n’a fait que son devoir que d’avoir combattu pour la libération de son pays. De livrer des témoignages dépouillés de toute empreinte idéologique ou conjoncturelle.
Je les ai abordés avec quelques idées simples pour ce qui est de la forme d’abord, du fond ensuite. Dans tous les cas je les ai abordés ‘à fond la forme’ !
J’ai résolument opté pour le récit simple, attractif, attrayant, afin de sortir des sentiers battus, de bannir la langue de bois et les idées reçues, de barrer la route au style dithyrambique et au discours ex cathedra. Un style où la frilosité, la rancoeur et la sinistrose n’ont pas de place. La frilosité des opportunistes de tous bords. La sinistrose des revanchards. La rancœur des passéistes.
Bref, un style qui vient du cœur et qui colle aux réalités d’aujourd’hui. J’ai livré des témoignages authentiques, sur les hommes que j’ai côtoyé et sur des évènements que j’ai vécus sur le terrain, ‘par le bas’.
Avec l’amour de la patrie dans les veines, avec la conviction absolue de son bon droit, avec la rage de vaincre, le récit est tout naturellement débité de mémoire. ‘Bézouiche’ l’auteur, ‘Bézouiche’ le héros du récit, ne s’est toutefois pas empêché de faire montre d’une certaine fierté pour avoir vécu une épopée glorieuse. D’avoir appartenu à une génération qu’il a qualifiée d’autorité, peut-être avec un brin d’orgueil, un soupçon de vanité, mais avec beaucoup de conviction de ‘Jil Errabahine’, la ‘Génération des Gagneurs’.
C’est l’école française qui m’a enseigné la devise républicaine ‘Liberté, Egalité, Fraternité’. J’ai donc pris les armes pour libérer mon pays, fort de cette devise. Une devise qui n’est pas négociable et qui n’est donc point une monnaie d’échange (!). Encore moins une monnaie de change. Pour rendre hommage aux valeurs de cette école, j’ai décidé sans hésitation aucune d’intituler l’avant dernier chapitre de mes témoignages, ‘Le jour de gloire eeest arrivé♪♫ !’.
Le ‘gosse’ que je fus, a péremptoirement affirmé que le Général de Gaulle est finalement sorti gagnant de cette guerre, car il mettait les intérêts suprêmes de son pays au-dessus de toute autre considération.
Après le démantèlement des empires coloniaux, l’impertinent ‘Bézouiche’ dira que la France a finalement obtenu son indépendance !
‘Bézouiche’ le collégien a tout naturellement rejoint le maquis par le chemin des écoliers !
Il a pris le maquis en resquillant dans des trains, afin semble-t-il, de ne pas rater le train de l’Histoire !
‘Bézouiche’ se considère comme étant le plus petit des grands, ces géants de l’Histoire ! Le dernier des premiers, ceux du 1er Novembre.
S’il a abordé ses témoignages par le bas, l’auteur a eu l’incommensurable honneur de parvenir, à 20 ans, au sommet de son combat et de planter bien haut le drapeau de la Victoire sur la ville de Bou-Saâda, le 5 Juillet 1962.
Aujourd’hui, il considère que sa meilleure école, en tout bout de compte, fut celle de l’A.L.N et du M.A.L.G. C'est-à-dire l’école de l’authenticité !
La jeunesse d’aujourd’hui s’imagine que les combattants de l’Épopée de Novembre étaient des surhommes, des géants de l’histoire, qu’aucune autre génération ne pourra égaler. Une génération que j’ai d’ailleurs moi-même légitimement appelée dans mes témoignages ‘Jil-Errabahine’.
Mon message est aujourd’hui légèrement différent, dans la mesure où le combat pour l’indépendance nationale, qui a permis à notre drapeau de flotter et à notre pays de retrouver sa place dans le concert des nations, apparaît aujourd’hui, à mes yeux, bien moindre aux côtés d’autres combats en vue d’une véritable libération et d’une véritable liberté, dans le contexte d’une mondialisation de tous les dangers, mais aussi celle de tous les défis et de tous les espoirs.
Des combats que les générations du 21e Siècle, indiscutablement mieux armées pour cette compétition planétaire, pourront sûrement mener à bien, afin que notre belle Algérie, géographiquement située et profondément ancrée aux bords de mare nostrum, c'est-à-dire aux premières loges des civilisations méditerranéennes, puisse émerger et retrouver, dans l’enthousiasme, la joie de vivre et la joie d’entreprendre, sa place au soleil. Une Algérie réconciliée avec ses enfants, avec son environnement géopolitique. Une Algérie que la tectonique des plaques pousse inexorablement vers le Nord. Bref, une Algérie qui ne peut pas déménager de ses aires civilisationnelles.
Tout comme Bézouiche ne veut pas déménager de la terre de ses ancêtres ! "
Je vous remercie.

C.C.A de Paris, Le 18 Avril 2007
Abdelmadjid Maâlem

Grande affluence au XIe Salon International du Livre d’Alger (SILA) - 2006

Edition : Grande affluence au XIe Salon International du Livre d’Alger (SILA).
Cherif Jalil

La parole est aux «Malguistes»

Autour du thème, «Les écrits sur la Révolution», Mohamed Lemkami, Abdelmadjid Maâlem — qui viennent de publier leurs mémoires aux éditions ANEP — ainsi que Me Jacques Vergès et Annie Steiner, l’un est connu pour avoir défendu les militants du FLN durant la guerre de libération, l’autre, une ancienne moudjahida. Les deux «Malguistes» ont fait part, à travers la rédaction de leurs mémoires, de leur volonté de laisser des traces écrites de leur parcours militant, en s’adressant d’abord à la jeunesse algérienne qui n’a pas connu cette terrible — et exaltante — époque pour lui transmettre un message de détermination et de liberté et, à une autre échelle, aux historiens. M. Lemkami évoquera longtemps la forte personnalité de Abdelhafidh Boussouf, le père des services de renseignement algériens, auxquels l’intervenant a exprimé sa fierté d’y appartenir, «Boussouf était Si Lahbib à Beni Snous et Si Abdellah à Tlemcen et M. Armand... ailleurs», dira-t-il pour illustrer le fait que ce brillant dirigeant de la Révolution algérienne «a toujours vécu dans la clandestinité et s’est toujours entouré de jeunes, créant peu à peu, les services de renseignement et assurant le contrôle des résidants algériens au Maroc»

Par devoir de mémoire :
Abdelmadjid Maâlem a relaté son parcours et son expérience dans ‘LesTémoignage de Bézouiche’, une trilogie dont le dernier volume a été préfacé par le Président de la République. «J’ai voulu rendre hommage aux combattants de la libération nationale, dont je faisais partie», dit-il, confiant qu’il a écrit par «devoir de mémoire» sans prétention littéraire, optant pour le récit simple et «le style qui vient du cœur», et relatant le parcours, celui d’un jeune de 13 ans qui quitte le collège pour le maquis. Proclamant sa légitime fierté d’appartenir à la «génération des gagneurs» (Jil ar-rabihine) il avoue que le combat d’aujourd’hui, celui que doit livrer la jeunesse algérienne, dans la culture de la mondialisation, est beaucoup plus dur, mais tout aussi vital afin que l’Algérie puisse retrouver sa place au soleil.

Des découvertes à Alger qui influeront sur toute ma vie :
A la question du modérateur, Omar Lardjane, sociologue, de savoir s’il faut ou non laisser l’écriture de l’histoire aux seuls historiens, et quelle place laisser aux mémoires des témoins et des acteurs, Me Jacques Vergès, connu pour son engagement, sa vaste culture et sa verve, répond : «Je pense qu’il ne faut pas séparer les deux choses. L’histoire est nécessaire et les prises de position aussi, n’attendons pas que les historiens viennent nous dire ce qu’il faut faire». Et au célèbre avocat et brillant polémiste, de dire à l’assistance que sa rencontre avec Alger, en 1957, a été capitale parce qu’elle va «influencer toute ma vie, parce que, j’y est découvert le colonialisme dans toute sa barbarie, et que les démocraties (et pas seulement les dictatures) commettent des crimes horribles».Le modérateur relance le débat en formulant autrement la même problématique. «Peut-on écrire l’histoire sans cette expression d’indignation et s’en tenir à la froideur des archives en ignorant toute cette force ressentie devant les faits relatés ?» C’est, là, la rencontre entre l’écrit historique, le livre d’histoire et les mémoires des auteurs et des témoins !».Fettouma Ouzegane, puis Annie Steiner, moudjahidate, ont livré, chacune son témoignage. Annie Steiner dans une longue intervention, a soutenu que «l’histoire est trop grave pour qu’elle ne s’écrive pas par nos propres historiens». «Dans les librairies, je vois deux noms. J’achète, crayon en main, mais je ne reconnais pas mon pays, je trouve des erreurs, je ne reconnais pas ce que j’ai vécu». Avant de relever que «malheureusement trop peu de frères ont écrit et que pour les moudjahidate, c’est encore moins».Elle termine son intervention sur un appel aux maisons d’édition pour qu’elles rééditent les récits et les poésies (actuellement introuvables sur le marché) de six femmes pleinement engagées dans la guerre de libération.Aujourd’hui, le public du Sila est convié à des rencontres toutes aussi enrichissantes. Cela commence par un exposé sur les «auteurs algériens de la période romano-africaine», et s’achevant par réception d’Alpha Design à l’occasion du lancement de sa filiale édition, une soirée musicale par le groupe Othmane Bali de Djanet en passant par la présentation d’une anthologie espagnole traduite vers l’arabe et une discussion sur Isabelle Eberhardt.

Mercredi 01 novembre 2006.
Compte rendu de Cherif Jalil.

XIième S.I.L.A - Café Littéraire - Mercredi 1er Novembre 2006

XIième S.I.L.A - Café Littéraire :
Mercredi 1er Novembre 2006 de 14h00 à 16h30.

Intervention de Abdelmadjid Maâlem :

Mesdames, Messieurs, chers frères,
En cette journée historique, je voudrais tout d’abord adresser mes vœux et remercier S.E le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, qui a bien voulu introduire le Tome 3 des ‘Témoignages de Bézouiche’ d’une préface magistrale. Une préface qui délivre un message de bienveillance et d’espoir à la jeunesse d’aujourd’hui et celle de demain.
Je voudrais ensuite préciser que par mes témoignages sur les années de gloire de l’Algérie combattante, j’ai voulu rendre hommage à mes aînés, à mes compagnons d’armes tombés au champ d’honneur, décédés ou encore vivants, quelle que soit leur place dans la hiérarchie de l’Algérie combattante et de l’Algérie souveraine.
Des héros qui ont jalonnés l’épopée de Novembre. Qui ont balisé également mon parcours de très jeune combattant de l’A.L.N. Peut-être à contresens des usages, mais en raison justement de mon âge, l’âge d’un adolescent, je me sens aujourd’hui un petit peu leur thuriféraire.
J’ai donc privilégié le culte des héros. Etant optimiste par nature, je suis tout naturellement opposé à la culture du posthume.
Je voudrais également souligner que par le plus pur des hasards, la publication de mes témoignages a coïncidé bien heureusement avec la célébration du cinquantenaire du 1er Novembre 54. Quant au combattant ‘Bézouiche’, il célébrera le 11 Novembre prochain, le 50e anniversaire de son recrutement dans les rangs de l’A.L.N.

La Langue :
Pourquoi j’ai témoigné dans la langue de Molière, même si je suis avant tout un pur produit de la Médersa de Chikh El-Arbi de Tébessa ?
J’ai décidé d’écrire en Français, car j’ai quitté le collège de Tébessa, ma ville natale, en emportant avec moi au maquis, comme arme, les maigres mais précieux bagages scolaires de ma classe de cinquième. Ce fameux butin de guerre revendiqué par Kateb Yacine.
Par mon parcours de combattant de l’A.L.N, cette arme s’est avérée d’une redoutable efficacité. Et j’ai voulu le faire savoir au lecteur d’ici et d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, la trilogie de mes témoignages est en cours de traduction en Langue Nationale, grâce au précieux concours du Ministère des Moudjahidine et celui non moins louable de mon éditeur, l’A.N.E.P.
A ce propos, j’invite le lecteur et j’incite mes compagnons d’armes, cités ou non dans mon récit, de bien vouloir porter leurs observations et leurs précisions sur mon site Internet.http://abdelmadjid-maalem.blogspot.com

Le fond et la forme :
J’ai abordé l’écriture de mes témoignages par devoir de mémoire. Avec enthousiasme et détermination, mais sans prétention littéraire, même si j’avais souvent à l’esprit Jean-Jacques Rousseau, Marcel Pagnol, Ernest Hemingway et d’autres.
Je crois que j’ai bien fait de signaler au lecteur que je n’avais pas l’honneur d’appartenir à la race des chevaliers de la plume. Que je ne faisais que pianoter sur mon ordinateur. Un camarade d’enfance, issu de l’école de Chikh El-Arbi de Tébessa, ne s’est pas empêché pourtant de ma ranger bien vite dans la catégorie de ‘Ahl El Kitaba’…
Quoi qu’il en soit, j’ai abordé mon entreprise en solo, sans approche intellectuelle ou politicienne préalables, mais avec le regard d’un combattant. J’allais dire le regard d’un battant.
Je l’ai abordé avec quelques idées simples pour ce qui est de la forme d’abord, du fond ensuite. Dans tous les cas je l’ai abordé ‘à fond la forme’ !

La forme :
Pour ce qui est de la forme, d’abord et surtout, j’ai résolument opté pour le récit simple, attractif, attrayant, afin de sortir des sentiers battus, de bannir la langue de bois et les idées reçues, de barrer la route au style dithyrambique et au discours ex cathedra.
J’ai opté pour un style que j’ai voulu abordable, à la portée du plus grand nombre. Un style détendu, communicatif, agréable à la lecture. Un style où la frilosité et la sinistrose n’ont pas de place.
Bref, un style qui vient du cœur et qui colle aux méthodes modernes de communication.
J’ai scindé le récit en trois volumes, afin de ne pas lasser la patience du lecteur avec un ouvrage de 1.200 pages, d’une part. La chronologie évènementielle imposait d’autre part ce choix. Enfin, le parcours d’un combattant de l’A.L.N, devenu agent des Transmissions, puis agent du M.A.L.G, justifie cette hiérarchie.
C’est pourquoi, le Tome I, qui couvre la période allant de Juillet 1955 à Août 1957, est intitulé ‘Commando de la Base de l’Est’.
Le Tome II, quant à lui, couvre la période allant de Septembre 1957 à Septembre 1958, date de la formation du G.P.R.A. Il est intitulé :
‘Les Transmissions de la Base de l’Est’.
Le Tome III, enfin, couvre la période allant de Septembre 1958 à l’Indépendance. Il est intitulé ‘Bézouiche M.A.L.Gache’.
La hiérarchie des trois titres reflète les réalités du terrain vécues par l’auteur. De plus, le parcours et les convictions de ‘Bézouiche’ font ressortir que pour activer au sein du M.A.L.G, il fallait d’abord faire le coup de feu et faire ses preuves.
Ma préoccupation principale est aussi de livrer aux lecteurs du XXI° Siècle les témoignages de celui qui n’a fait que son devoir que d’avoir combattu pour la libération de son pays.
De livrer des témoignages dépouillés de toute empreinte idéologique ou conjoncturelle. J’ai volontairement émaillé mon récit de digressions opportunes, de navettes spatio-temporelles furtives, afin de plonger brièvement le lecteur dans l’enfance de l’auteur ou le ramener à son époque, pour évoquer ici et là des thèmes aussi divers qu’intéressants.

Le fond :
Je précise que le titre original de la trilogie est :
« Armée de Libération Nationale : Les Témoignages de Bézouiche ».
Car je me suis strictement limité à ma qualité de combattant de l’A.L.N, sans jamais verser dans la polémique politico historique…
J’ai livré des témoignages authentiques, sur les hommes que j’ai côtoyé et sur des évènements que j’ai vécus sur le terrain, ‘par le bas’.
Par ailleurs, lorsqu’on a vécu dans sa chair le combat libérateur, on n’a pas besoin de références historiques. On ne fait pas de recherches bibliographiques. La mémoire et les souvenirs personnels suffisent largement.
Avec l’amour de la patrie dans les veines, avec la conviction absolue de son bon droit, avec la rage de vaincre, le récit est tout naturellement débité de mémoire. Il coule de source, a-t-on dit ! En l’occurrence, l’épouvantail de la page blanche n’a pas eu droit de cité.
‘Bézouiche’ l’auteur, ‘Bézouiche’ le héros du récit, ne s’est toutefois pas empêché de faire montre d’une certaine fierté pour avoir vécu une épopée glorieuse. D’avoir appartenu à une génération qu’il a qualifiée d’autorité, peut-être avec un brin d’orgueil, un soupçon de vanité, mais avec beaucoup de conviction de ‘Jil Errabahine’, la ‘Génération des Gagneurs’. Je dis bien ‘Gagneurs’, car il ne s’agissait pas de deux armées régulières, sur le champ de bataille. Auquel cas, la sémantique exigerait le mot ‘Vainqueur’.
Pour ce qui est de la réalité des faits, je crois que j’ai bien fait d’avertir le lecteur, dès le Tome I, que les évènements et les combattants cités dans mes témoignages sont ‘le fruit de la vérité vraie’. Car hier chez nous, comme aujourd’hui ailleurs, la réalité dépasse souvent la fiction !
J’ai également bien fait d’illustrer mes témoignages de documents personnels, photographiques et autres, miraculeusement conservés jusqu’à nos jours. Sans quoi, par les temps qui courent, mes témoignages auraient été frappés d’incrédulité ou taxés d’affabulations pures de la part d’un gosse de 13 ans qui a investi les rangs de l’Armée de Libération Nationale par effraction.
Les idées maîtresses qui ont jalonné, qui ont plutôt balisé mes témoignages sont les suivantes :

1) C’est l’école française qui m’a enseigné la devise républicaine ‘Liberté, Egalité, Fraternité’. J’ai donc pris les armes pour libérer mon pays, fort de cette devise. Une devise qui n’est pas négociable et qui n’est donc point une monnaie d’échange (!). Encore moins une monnaie de change.
2) Dans la compréhension du jeune, du très jeune combattant que je fus, le déclenchement du 1er Novembre 1954, a mis entre parenthèse l’action politique du mouvement national pour déclarer la guerre à l’occupant. La primauté de l’A.L.N sur le F.L.N apparaît d’ailleurs clairement dans l’entête des documents personnels que je reproduis dans le Tome II.
3) À l’issue de toute guerre, je crois que le vainqueur n’a pas le droit d’humilier le vaincu. En précisant bien évidemment que le système que nous avons combattu ne doit en aucun cas être dédouané.
4) Le ‘gosse’ que je fus, a péremptoirement affirmé que le Général de Gaulle est finalement sorti gagnant de cette guerre, car il mettait les intérêts suprêmes de son pays au-dessus de toute autre considération.
5) Après le démantèlement des empires coloniaux, l’impertinent ‘Bézouiche’ dira que la France a finalement obtenu son indépendance ! Au regard d’une brûlante actualité, certains disent aujourd’hui qu’elle est déjà colonisée…
6) ‘Bézouiche’ le collégien a tout naturellement rejoint le maquis par le chemin des écoliers !
7) Il a pris le maquis en resquillant dans des trains, afin semble-t-il, de ne pas rater le train de l’Histoire !
8) ‘Bézouiche’ se considère comme étant le plus petit des grands, ces géants de l’Histoire ! Le dernier des premiers ! Mais il refuse d’être ni le plus grand des petits. Ni le premier des derniers, ces retardataires de l’Histoire ! Ces parvenus de la dernière heure ! C’est son parcours qui a déterminé son credo !
9) ‘Bézouiche’ demande enfin l’indulgence du lecteur spécialiste et celle surtout de ses aînés et de ceux qui ont voulu qu’il soit ce qu’il est, pour d’éventuelles entorses politico-historiques dans ses témoignages. Mais il est sûr de bénéficier de circonstances atténuantes. Car, après tout, il s’agit des témoignages d’un gosse !
10) Techniquement, je dois souligner que sans mon ordinateur, je n’aurais jamais pu livrer mes témoignages aussi rapidement et aussi fidèlement. Aussi intensément également. Mes témoignages étant essentiellement et exclusivement le produit de ma mémoire et de mes souvenirs personnels. Des réminiscences fugaces et volatiles, que seul l’ordinateur peut intercepter au vol.
D’ailleurs, les éditeurs d’aujourd’hui préfèrent au manuscrit traditionnel un tapuscrit en bonne et due forme, gravé sur CD-ROM.
Mon ordinateur a donc numérisé ce que ma mémoire a restitué, en transformant, par une entorse au bon sens, le réel en virtuel !
11) Je confesse que je n’ai consulté aucun document historique. Même pas la Déclaration du 1er Novembre ou la Plateforme de la Soummam !
Je n’ai eu recours à aucune bibliographie, même si sur Internet, mes témoignages sont déjà devenus source bibliographique.

Commentaire :
Je voudrais, si vous le permettez, faire un commentaire sur le Tome III. A certains égards et aux yeux de certains lecteurs curieux ou opportunistes, le Tome III concernant le M.A.L.G, pourrait constituer l’essentiel de mes témoignages. Par mon parcours, je considère que le M.A.L.G est l’aboutissement logique de mon itinéraire, mais non l’essentiel. L’essentiel pour moi c’est l’A.L.N, dont je suis fier d’avoir été l’un de ses combattants. Je suis bien naturellement heureux d’avoir survécu à l’épopée de Novembre et pouvoir témoigner aujourd’hui.
Pour activer dans les rangs du M.A.L.G, il fallait d’abord faire ses preuves sur le terrain. C’est ce que j’ai fait au sein du Commando de la Base de l’Est sous les ordres de Slimane l’Assaut, avant de faire l’Acheminement des armes vers la Wilaya 3, le long d’un itinéraire que j’ai baptisé pour l’histoire : ‘Piste Amirouche’. Une piste longue d’environ 800 km aller-retour, qui a demandé trois mois de marche forcée. C’est l’essentiel du Tome I.
Après cela, j’ai été sélectionné pour faire partie du premier noyau des Transmissions de la Base de l’Est, avant de vivre les derniers jours de celle-ci. Avant la disparition du Cdt Ouachria, qui m’a signé le dernier ordre de mission. Avant l’exil de Si Ahmed Draïa et de Si Mohamed-Chérif Messaâdia, affectés au front Sud du Cdt Si Abdelkader El-Mali. Mohamed-Chérif Messaâdia avec lequel j’avais pris la dernière photo souvenir de la Base de l’Est. C’est l’essentiel du Tome II.
Dès la formation du G.P.R.A, le Colonel Abdelhafid Boussouf, notre regretté Si Mabrouk, puisera de la Direction des Transmissions Nationales l’essentiel des premiers agents de ses Services. Ce qui m’a fait écrire que la D.T.N était la fille aînée du M.A.L.G et la fille chérie de Si Mabrouk ! Bref, le Tome III aborde les témoignages sur le M.A.L.G par ‘en bas’, en raison tout naturellement de l’âge de l’auteur.
Cadet en âge, cadet en grade, il a eu cependant la chance inouïe d’exercer dès l’âge de 16 ans et demi dans les centres opérationnels les plus importants de l’Algérie combattante.
Dans ce contexte précis, l’auteur s’est volontairement abstenu de s’étaler sur certains sujets ou certains compagnons d’armes, afin de ne pas commettre d’erreurs d’appréciation et d’induire le lecteur en erreur.
S’il a abordé ses témoignages par le bas, l’auteur a eu l’incommensurable honneur de parvenir, à 20 ans, au sommet de son combat et de planter bien haut le drapeau de la Victoire sur la ville de Bou-Saâda, le 5 Juillet 1962.
Un honneur jamais plus itératif historiquement, j’espère !
Mais l’histoire du M.A.L.G, l’histoire des Services du Colonel Abdelhafid Boussouf, notre regretté Si Mabrouk, reste à écrire. C’est, je présume, ce à quoi l’A.N/M.A.L.G s’attache actuellement d’une manière exhaustive, en vue d’un travail de mémoire complet destiné aux spécialistes.
Les auteurs suivants ont déjà abordé le sujet, sans toutefois l’épuiser :
Permettez moi de citer M’hamed Yousfi, Laroussi Khélifa (Si Abdelhafidh), Brahim Lahrèche (Abdelghani), Hassani Abdelkrim (Si El-Ghaouti), Mansour Rahal (Saïd), Roberto Muniz (Mahmoud), Sénoussi Seddar (Si Moussa), Mustapha Benamar (Khélil), Mohamed Lemkami (Abbès), Si Abdelmadjid Bouzbid. Enfin, Abdelmadjid MAALEM (Bézouiche).
Si les auteurs cités ont évoqué le sujet chacun à sa manière et selon son propre parcours, si ‘Bézouiche’ a fait ce qu’il pouvait pour témoigner ‘par le bas’, l’essentiel du travail véritablement historique incombe à mon avis à ladite association, présidée par notre frère Daho Ould Kablia.

Conclusion :

Aujourd’hui, je considère que ma meilleure école, en tout bout de compte, fut celle de l’A.L.N et du M.A.L.G. C'est-à-dire l’école de l’authenticité !
La jeunesse d’aujourd’hui s’imagine que les combattants de l’Épopée de Novembre étaient des surhommes, des géants de l’histoire, qu’aucune autre génération ne pourra égaler. Une génération que j’ai d’ailleurs moi-même légitimement appelée dans mes témoignages ‘Jil-Errabahine’. Mon message est aujourd’hui légèrement différent, dans la mesure où le combat pour l’indépendance nationale, qui a permis à notre drapeau de flotter et à notre pays de retrouver sa place dans le concert des nations, apparaît aujourd’hui bien moindre aux côtés d’autres combats en vue d’une véritable libération et d’une véritable liberté, dans le contexte d’une mondialisation de tous les dangers, mais aussi celle de tous les espoirs.
Des combats que les générations du 21e Siècle, indiscutablement mieux armées pour cette compétition planétaire, pourront sûrement mener à bien, afin que notre belle Algérie, géographiquement située aux bords de mare nostrum, c'est-à-dire aux premières loges des civilisations méditerranéennes, puisse émerger et retrouver, dans l’enthousiasme et la joie de vivre, sa place au soleil.

Enfin, je voudrais exprimer mes remerciements à mes compagnons d’armes et aux éminentes personnalités qui ont bien voulu m’adresser leurs félicitations et leurs encouragements pour mon travail de mémoire.
Je ne termine pas sans renouveler mes remerciements et exprimer toute ma reconnaissance à S.E le Moudjahid Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, qui a bien voulu honorer, j’allais dire valider, mon devoir de mémoire d’une préface historique.
Le texte intégral de la préface est à votre disposition.
Je vous remercie.